dimanche 14 janvier 2018

Arles 2018

Il y aurait beaucoup de choses à dire à propos des affiches d'Arles 2018. Et la première, à l'instar des années précédentes, c'est qu'il est trop tôt en janvier pour annoncer d'ores et déjà des corridas de septembre. Cela exclut de fait toute révélation potentielle de la saison à venir, hormis par la voie de la substitution qui est là une bien mince consolation.
Concernant les toros, on note assez peu de variété dans les origines. Et par rapport aux toros français, si l'on remarque bien entendu une novillada avec six élevages différents à Pâques, on relève aussi que la dernière corrida complète d'un élevage français dans les arènes d'Arles, c'était en 2015. Il y a déjà trois ans. Et c'est dommageable quand on sait qu'Arles est la commune française qui abrite, de loin, le plus d'élevages de toros. Yonnet et tant d'autres.
En véritables nouveautés, en fait, on ne recense que les affiches de la novillada piquée et de la corrida de Baltasar Ibán.
On se doute, par ailleurs, qu'il est difficile de conjuguer les tâches de torero et d'organisateur, ce qui est le cas de Juan Bautista à Arles. Sur les cinq corridas de la saison arlésienne, il y sera deux fois. Mais, approchant les vingt ans d'alternative, ce matador a-t-il l'intérêt et la nécessité pour sa carrière d'occuper deux postes dans une programmation aussi réduite ?
Enfin, une chose qui pourrait sembler anecdotique mais qui ne l'est pas. Sur l'affiche officielle de la feria, celle avec le minotaure en habit de lumières, apparaît écrit en petits caractères, sur une ligne une seule : novillada sans picadors organisée par l'école taurine d'Arles le 31 mars.
Une affiche propre à cette novillada a semble-t-il été éditée, tout en occupant sur l'affiche officielle une place minuscule. Une non piquée réduite au rang de spectacle mineur.
C'est pourant la novillada des trente ans de l'école taurine d'Arles. Une institution qui a connu des réussites et des échecs, mais avec surtout, le mérite d'avoir fait rêver des jeunes de lumières et d'avenir, en contribuant beaucoup à la vie de la tauromachie à Arles.
Des jeunes dont beaucoup ont grandi. Certains ont perdu toute illusion et ont arrêté, tandis que d'autres sont encore dans l'arène. Si Andy Younès et Juan Leal participeront aux corridas d'Arles en cette année 2018, d'autres encore auraient mérité d'avoir, peut-être, une petite place sur cette affiche.
A coût égal, voire même inférieur, que l'on ne vienne pas affirmer que l'un d'entre eux attirerait moins de monde dans ses arènes qu'un torero comme El Fandi, par exemple.

Florent

lundi 8 janvier 2018

Parentis

C'est vrai qu'après tout, cela pourrait paraître anodin. Aujourd'hui, 8 janvier, dans Sud-Ouest, on peut lire un article d'Axel Frank, correspondant du journal dans le Nord du département des Landes, et qui écrit à propos des récents voeux du maire de Parentis-en-Born.
On y apprend que "Christian Ernandoréna a annoncé pour 2018, le lancement d'un projet de transformation des arènes en un lieu d'animation polyvalent, sur la base d'une couverture du bâtiment, qui conservera son cachet d'arènes traditionnelles".
On est étonné d'apprendre de telles nouvelles, mais après tout, s'il s'agit de la volonté des administrés qui sont les premiers concernés, on peut difficilement s'arroger la possibilité d'aller à l'encontre.
On prévoit, dans cet espace modernisé, hormis les tauromachies espagnoles et landaises, des concerts, spectacles, congrès, expositions, et aussi du sport.
Il faut souligner que la tauromachie n'est pas menacée à Parentis, et d'ailleurs pour 2018, la présence de lots d'Aguadulce et de Peñajara pour la feria de novilladas a été divulguée dernièrement.
Mais l'on parle tout de même d'un édifice quasiment centenaire, les arènes Roland Portalier, qui datent de 1927 !
Et ce serait, au final, une arène couverte de plus dans le panorama.
Couvrir une arène, comme on le voit ces derniers temps dans certaines villes d'Espagne, c'est souvent le premier pas pour supprimer les corridas. Dans combien de villes les arènes ont-elles été réhabilitées, couvertes, et n'abritent plus désormais de courses de toros ? Ce n'est bien évidemment pas le cas de Parentis, mais le thème pourrait être d'actualité si un jour venait à se présenter à une élection municipale une liste hostile à la tauromachie.
Et puis, Parentis, c'est l'histoire taurine écrite par Jean-Pierre Fabaron, qu'il avait intitulée "La peur aux trousses". Une histoire passionnante, avec des novilladas épiques et mémorables, de cornes, de frissons, de trouille, de courage et de héros. Toutes à l'air libre, au grand soleil ou sous des cieux orageux.
Voir les arènes de Parentis avec une toiture, cela ferait tout de même un pincement au coeur. Et puis, penser en aficionado, c'est parfois aussi penser contre l'intérêt général.
Mais il n'empêche que les arènes de Parentis, sans la vue des platanes, du château d'eau, et de l'usine de charbon actif aux noirs rejets, ce ne serait plus vraiment Parentis.

Florent

mardi 2 janvier 2018

Ferdinand aux yeux bleus

En tant qu'aficionado, on ne peut qu'avoir des sensations contradictoires en voyant le dessin animé Ferdinand. C'est un peu comme la chanson de Cabrel en 94. Car s'il devait exister un message, ce serait sans doute un peu le même. Sauf que là, le dessin animé est plus drôle, plus coloré, avec plus de gags, et davantage d'humour que le chanteur à la cabane au fond du jardin.
Ne soyons donc pas cons au point de sortir le crucifix et la gousse d'ail à la moindre évocation de ce film d'animation. Un film, qui par ailleurs, est un lifting d'une histoire qui existait déjà.
Fin 2017 et au tout début de cette année 2018, nous sommes de nombreux aficionados, je pense, à être allés voir ce dessin animé car le thème nous est éloquent.
Dans les avis émis depuis, on remarque une forte division d'opinions. Et cela s'explique, parce que chacun a un rapport différent à la tauromachie, et les moyens d'y venir et de s'y intéresser sont multiples. De même, on ne peut pas prédire l'afición pour qui que ce soit, même au sein d'une famille d'aficionados. C'est un exercice sociologique difficile voire impossible. On perçoit donc la corrida différemment.
Enfant, je me souviens que l'approche du toro que j'avais aurait pu être décrite par les mots de Zocato à propos d'un lot de Rocío de la Cámara à Vic : "Des aurochs qui distribuaient des coups de griffes en guise de cornes. Et des cornes, il y en avait partout, grandes, longues, acérées comme des dagues. A la pique, alors que l'on espérait un repos, parvint la guerre".
Des enfants de maintenant, peut-être, se passionneront pour la corrida avec comme première approche ce dessin animé. L'effet ou l'impact de celui-ci, on ne peut sincèrement pas l'évaluer. Mais puisque l'on y parle de corrida, cela peut animer l'esprit aussi bien dans un sens que dans l'autre.
Un film avec un curieux toro aux yeux bleus, et dont il paraît que l'objet est de pourfendre la tauromachie. Mais pourtant, il y a des choses que l'on relève et qui iraient plutôt dans le sens historique.
Bien que l'on n'aperçoive aucune vache dans le film, il existe des inimités dans le troupeau dont fait partie Ferdinand, et ceux-ci se battent entre beaux paysages, fleurs et multiples couleurs.
Beaucoup de choses contradictoires apparaissent aussi. Le toro y est montré sous un gabarit plus que respectable, même si les règles de la corrida sont modifiées. On a du mal quand même à y voir explicitement un procès. Les arènes sont pleines, et l'on pourrait même supposer que cela suscite un intérêt.
Car ce film dépend d'une chose, une seule : l'interprétation que l'on en fait. Et il est certain que des groupes voudront l'utiliser contre la corrida.
D'un autre côté, il est difficile en tant qu'aficionado d'élever la voix contre ce qui est une liberté de la création artistique. Et puis il faut savoir faire la part des choses. Entre réalité et fiction. Comme dans beaucoup d'autres dessins animés, ce n'est pas une nouveauté, les animaux parlent. Alors oui, forcément, lever l'épée sur un animal aux traits humains, c'est terrible et cela provoque de l'empathie. Mais ce n'est pas la réalité.
Au-delà de certaines représentations erronées, comme celui d'un torero faisant le paseo entre une haie d'honneur de ses picadors, on remarque tout de même le danger de l'animal, et à quel point il en impose.
Le torero, lui, apparaît dans ce film d'animation comme un beauf en puissance. Mais sa profession a malgré tout le mérite d'y paraître mystique et inaccessible.
Il faut absolument séparer réalité et fiction. Même si l'on voit des représentations réelles, Madrid en tant que capitale de la tauromachie, Ronda comme un village pittoresque, le campo comme un endroit enchanteur, et l'abattoir comme le difficile destin de beaucoup d'animaux. Car il y aurait beaucoup de choses à dire aussi sur les abattoirs.
Mais revenons-en au dessin animé, celui où un enfant d'ailleurs dort dans son lit au plus près de son imposant toro.
Dans un tout autre registre, Ferdinand rejoint au niveau cinématographique le récent Blancanieves comme film évoquant la tauromachie. On voit dans les deux des arènes pleines, là où les toros ignorent tout de leur sort.
Mais les soucis actuels de la tauromachie, ils se situent totalement hors écrans.
Ferdinand remodelé succède ainsi à d'autres dessins animés évoquant partiellement ou totalement le sujet de la corrida.
L'interprétation que l'on peut en faire est du ressort de chacun. Distinguer réalité et fiction. Pour les enfants, c'est le rôle des parents qui est le plus important. Éduquer, pour avoir un rapport à la société, à de nombreux sujets, dont à l'animal. Car un jour il faut bien grandir.
Mais l'on peut également apprécier la corrida et conserver un regard d'enfant.

Florent

jeudi 28 décembre 2017

Aire-sur-l'Adour, samedi 17 juin (Rétro 2017)

Sur l'écran noir de mes nuits blanches, ce n'était donc pas du cinéma.
À l'heure de refermer la page de cette terrible année, il reste cette image.
Un splendide cliché, de Laurent Larrieu, où l'on voit Iván Fandiño au paseo à Aire-sur-l'Adour le samedi 17 juin. Le soleil brûlant qu'il y avait donne énormément de puissance à l'image.
La concentration, un torero athlète, qui bombe le torse, presque pour prendre son envol. Comme Juan del Alamo et Thomas Dufau, il a la montera à la main, car c'est la première fois que les trois toréent à Aire en tant que matadors. Concernant le landais Thomas Dufau, d'ailleurs, c'est la seule arène célébrant des corridas dans le Sud-Ouest où celui-ci n'a pas encore toréé depuis son alternative.
Avec le paseo, on entre toujours dans un monde de superstitions. Un paseo, qui potentiellement, chaque après-midi, peut être le dernier. En fond sonore, les Armagnacs interprètent "Gallito".
Je me souviens que dans l'hiver précédant cette course, les anciens d'Aire-sur-l'Adour, et d'autres aussi, avaient haussé le ton pour dire que lors des dernières corridas des fêtes, les élevages présentés – Palha et Juan Luis Fraile – étaient selon eux trop difficiles et ne correspondaient pas à l'identité de l'arène, et qu'il fallait mettre à la place des toros faisant davantage consensus. Comme les Baltasar Ibán par exemple, qui sont déjà venus à Aire à de nombreuses reprises. Pourtant, il n'y a aucun lien avec la dureté d'une ganadería sur le papier et la tournure, aussi tragique soit-elle, que peut prendre un après-midi de toros. Cela ne veut rien dire, la preuve.
Il faisait une chaleur accablante ce 17 juin, avec une moitié d'arène, et ce que l'on pense inconsciemment être une corrida normale. Car c'est un fait, entre la feria de Vic-Fezensac et les fêtes de Mont-de-Marsan, les autres courses célébrées dans le Sud-Ouest ont généralement moins d'écho.
Ce qui s'est passé ce 17 juin à Aire, certains, par goût de la romance, après coup, diront que c'était écrit. Comme prédestiné. Mais il n'y avait, pourtant, rien de tout cela.
Depuis, en se repassant mille fois le déroulement de cet après-midi, et du fait des superstitions qui règnent en tauromachie, on songe parfois de façon un peu ridicule à tous les signes que l'on aurait pu entrevoir. Mais il n'y a rien. Juste des hasards.
Des choses qui ne tiennent qu'à un fil. La corrida des fêtes d'Aire était cette année le samedi, alors qu'elle est traditionnellement le dimanche. Il y a aussi, ce samedi 17 juin à Madrid, la grande corrida de Beneficencia, et Juan del Alamo, figurant parmi les triomphateurs de la San Isidro 2017, aurait pu y participer, en renonçant à la corrida d'Ibán à Aire. Mais sa conscience professionnelle et son respect de l'engagement l'ont fait rester à Aire.
Parmi les toros, il y a Provechito, numéro 53, né en mars 2013, qui l'automne précédent, était sobrero lors d'une novillada à Arnedo. C'est vrai, il aurait très bien pu sortir à cette occasion
Et le midi, dans les corrales des arènes d'Aire, un toro, Arbolario, s'est blessé à une corne. Laissant donc à six le nombre de toros disponibles pour la corrida de l'après-midi. Donc pas de sobrero. Et si l'on devait deviner un problème à venir, ce serait plutôt dans ce sens-là, avec le fait de gérer, peut-être, un toro invalide sans changement possible.
Les deux premiers exemplaires de Baltasar Ibán, aux pelages marrons, sont nobles et justes de forces. On détache une estocade très engagée d'Iván Fandiño. Il n'a jamais été maladroit en la matière, loin de là, et obtient une oreille. On n'aurait jamais pu présager que ce serait la dernière.
Le troisième toro, Provechito, est bien plus vivace que les deux premiers, et il bouge dans tout le ruedo, même après les deux piques. A 19 heures 09, face à ce toro dont la lidia incombe à Juan del Alamo, c'est Iván Fandiño qui s'avance pour un quite par chicuelinas.
Iván Fandiño est accroché de façon impressionnante. La presse nationale écrira bien plus tard, vulgairement et sans connaître la moindre notion tauromachique, que le torero basque s'est pris les pieds dans la cape. Mais, pourtant, c'est le toro qui a fait un "extraño", en déviant de façon inattendue sa trajectoire.
Dans la foulée, quelques instants plus tard, l'accrochage du banderillero Pedro Vicente Roldán ajoutera de la confusion à la situation, et à la pagaille semée en piste par ce Provechito, numéro 53.
Un toro très bien toréé ensuite par Juan del Alamo, mais qui perdra tout bénéfice avec l'épée.
Les trois derniers toros sont encastés et intéressants. Et si Thomas Dufau a dédié le quatrième à la cuadrilla d'Iván Fandiño, on a beau scruter le callejón, on n'y découvre pas vraiment de visages inquiets.
A 19 heures 30, à travers un escalier situé près de l'infirmerie, on pouvait apercevoir une ambulance, et l'on se disait que déjà, Iván Fandiño était transporté vers l'hôpital. Mais l'on apprendra bien plus tard que c'est en fait une autre ambulance, à la fin du combat du cinquième toro, qui le conduira vers l'hôpital de Mont-de-Marsan.
En regardant les photos de l'instant de la blessure, après coup, beaucoup diront que l'on pouvait déjà observer l'issue tragique. Il n'y a pourtant pas de quoi être aussi catégorique.
Après tout, on en voit tellement, des blessures, chaque saison, y compris impressionnantes. Sans faire une liste interminable, on en recense quelques unes des blessures avec pronostic vital engagé, mais pour lesquelles les toreros s'en sont remis. Luis Francisco Esplá en 2007 à Céret, ou plus près de nous, Juan José Padilla en 2011 à Saragosse, ainsi que les deux terribles blessures de Saúl Jiménez Fortes au cours de la même année 2015.
Et puis, ce 17 juin, on a encore en tête les images de la mort de Víctor Barrio le 9 juillet 2016 à Teruel. Ce souvenir est encore très récent. Tout est allé très vite à Teruel, et la corrida avait été interrompue du fait de l'impensable tragédie.
J'ai même le souvenir d'avoir suivi en direct à la télévision une corrida au Mexique à l'automne 2013, à Pachuca, durant laquelle le matador Juan Luis Silis avait été très gravement touché au visage. Il s'en était sorti, mais pourtant, la corrida avait été interrompue le temps d'observer une prière.
A Aire ce samedi 17 juin, on est sur le moment loin de penser au pire scénario, que l'on n'apprendra qu'après la course. A 20 heures 40 d'ailleurs, quand le picador Rafael Agudo, de la cuadrilla d'Iván Fandiño, s'est avancé en piste pour recevoir un prix récompensant son travail réalisé face au premier toro, cela semblait dissiper les doutes sur l'extrême gravité de la blessure de son torero. On se dit, et si c'était si grave, il ne serait pas là à recevoir ce prix...
Non, on ne voyait absolument aucun signe. Et puis, Iván Fandiño avait mis la barre tellement haute, en matière de courage et d'engagement. On ne pouvait pas s'imaginer que son chemin s'arrêterait là, brutalement, ce samedi 17 juin 2017 à Aire-sur-l'Adour. On se disait même qu'une fois de plus, certainement, il allait se relever.
Mais l'on apprit, au fil des minutes suivant la fin de la corrida, des nouvelles de plus en plus inquiétantes. Avant que finalement ne tombe la terrible information.
Chose à laquelle on refuse de croire bien sûr, tellement cela semble irréel. Iván Fandiño, à Aire-sur-l'Adour, en 2017, avec une blessure aussi terrible de conséquences.
Le premier sentiment, après l'effroi, je crois, est la tristesse d'avoir perdu un tel torero. Il y avait de quoi être vraiment affecté, en repensant à tous les souvenirs, à son histoire touchante et intense.
Fatalité, de cette règle du pile ou face qui prédomine lors de chaque après-midi de toros. Où un même accrochage peut aussi bien avoir une issue anodine que fatale. C'est surtout cela, en tant qu'aficionado, qu'il ne faut jamais oublier.

Florent

mardi 12 décembre 2017

Céret de Robleño (Rétro 2017)

A l'heure où est annoncée une feria, on retrouve de plus en plus fréquemment l'expression "plaza talismán". Traduire par arène fétiche, ou porte bonheur. Une étiquette que l'on donne souvent à un torero vedette avec une arène précise, où généralement il a ses habitudes et récolte de nombreux trophées. Plaza talismán, après tout, c'est un symbole de régularité, et presque de garantie pour ceux qui l'annoncent.
Il est vrai que la publicité en tauromachie circule aujourd'hui en vase clos, réservée seulement à ceux qui connaissent le domaine. Alors, pour attirer du monde vers une arène, utiliser cette formule, qui serait une assurance de réussite, c'est peut-être devenu le meilleur sponsor.
Bien loin du circuit des vedettes, pourtant, l'expression prendrait encore plus de sens pour Fernando Robleño avec les arènes de Céret. Ce qui est là une toute autre affaire.
Fernando Robleño, qui en 2017, dans un sobre costume rouge et noir, quasiment pourpre, donnant des airs de torero ancien, faisait son vingtième paseo à Céret. Et bien au-delà de la statistique, c'est quand même quelque chose.
Qu'un torero puisse s'imposer ici, alors qu'on ne lui a jamais fait de cadeau depuis le début de sa carrière, et ce malgré des succès à Madrid et ailleurs. Ainsi, à Céret où il est habitué à estoquer des toros redoutables et aussi grands que lui, il était impressionnant de le voir entrer dans l'arène, en se disant que c'était ici son vingtième paseo.
Fernando Robleño est passé en quelques saisons à peine du statut de troisième matador au cartel à celui de chef de lidia régulier. En partie parce qu'il y a moins de toreros dans cette catégorie, et que les corridas toristas, sur la planète taurine, se font aussi un peu plus rares et moins répandues, quoi qu'on en dise. Il y a pourtant, en 2017, une génération de toreros parfaitement capables de s'illustrer dans ces corridas là.
De ces corridas dures qui usent et face auxquelles il n'est pas évident de mener une longue carrière. Robleño a débuté à Céret en l'an 2000, en sortant en triomphe après avoir coupé des oreilles à des toros du Curé de Valverde et de Rocío de la Cámara. Depuis, les autres élevages qu'il a pu affronter à Céret sont ceux de Miura, Escolar Gil, La Quinta, Hernández Pla, Cuadri, Adolfo Martín, Victorino Martín, Dolores Aguirre et Moreno de Silva. Avec bien sûr, on le devine, une préférence pour les toros d'Escolar.
Et cinq sorties en triomphe lors de Céret de Toros, ce qui là non plus n'est pas quelque chose d'anodin. 2000, 2002, 2003, 2010 et 2012.
Et même les fois où il n'y avait pas forcément d'oreilles, l'impression pouvait être forte. Ce fut le cas à de nombreuses reprises. En 2004 lors d'une baston avec un toro d'Hernández Pla dont le lot avait envoyé la moitié de l'effectif des picadors à l'infirmerie. En 2008 aussi, toujours face aux Hernández Pla, avec un Fernando Robleño au visage de guerrier, complètement ensanglanté après une estocade. En 2011, face aux toros d'Escolar, et cette fois-là une longue et incroyable série de naturelles.
Puis 2012, bien sûr, ce seul contre six Escolar Gil, et cette ultime estocade, face au sixième toro, en y laissant un bout de gilet sur la corne. C'était, ce 15 juillet 2012, peut-être le début de la plus belle semaine dans la carrière de Robleño. Une corrida en solitaire qui allait l'amener le samedi suivant à briller face à des toros de Veiga Teixeira à Orthez, et cela avant de retrouver le dimanche à Mont-de-Marsan une terrible course d'Escolar Gil. Ce jour-là, Robleño avait été héroïque.
On pourrait penser que depuis, la carrière de Fernando Robleño n'est pas sur une pente ascendante. Les contrats, peut-être, se font plus rares, mais le madrilène ne rate jamais son rendez-vous fétiche. Et c'est bien qu'un torero qui a tout de l'anti-vedette soit porté par le public d'une arène. Celui de Céret, le sien.

Florent

(Image de Louise de Zan : Fernando Robleño à Céret le 16 juillet 2017)

jeudi 30 novembre 2017

Zortziko (Rétro 2017)

Après ce qui venait de se passer, cela faisait forcément bizarre d'aller voir des toros au Pays Basque cet été. Les lieux taurins, dans cette région, sont très variés. Il y a des arènes où la continuité est fragile, tandis que d'autres affichent une solide tradition de plusieurs siècles.
Il y a quelques années à peine, on pouvait commencer la temporada basque dans les petites arènes d'Orduña, le village de Fandiño. Il y avait toujours une course le 8 mai, pour les fêtes dites du "Otxomaio". Mais des soucis d'organisation ont fait qu'il n'y a plus systématiquement de course à cette date à Orduña. Pourtant, cette petite arène, entourée de reliefs verts, vaut le détour.
Mais c'est en été que la saison taurine du Pays Basque bat son plein et que l'on peut faire de superbes découvertes.
L'une des choses les plus caractéristiques de la tauromachie basque, c'est le Zortziko joué à la mort de chaque troisième toro lors des corridas et novilladas aux arènes d'Azpeitia et de Deba.
Le Zortziko, c'est une mélodie funèbre, aux notes graves. Ce Zortziko là a été composé en mémoire du banderillero José Ventura Laca. Il a reçu un coup de corne, mourant presque instantanément, à Azpeitia. Les spécialistes de l'histoire de la région se disputent par ailleurs au sujet de la date, car pour certains, il s'agit de 1846, et pour d'autres, de 1841 !
Il réside quelque chose de vague autour de cette histoire et du drame de José Ventura Laca, mais le Zortziko pour ce banderillero né à Deba est respecté religieusement dans les deux arènes. Les toreros sortent découverts des burladeros, l'arrastre est à l'arrêt, et le public debout.
Il y a malgré tout, du fait de la grande distance dans le temps avec cette tragédie, un côté joyeux dans cette mélodie. Et le public semble si content d'être là. Aussi bien dans les arènes d'Azpeitia, où les cartels sont prestigieux pour une troisième catégorie, que sur la place du village de Deba, où l'on est tout proche des acteurs de la novillada.
Ce Zortziko donc, aussi appelé Martintxo à Deba, c'est en l'honneur d'un torero blessé, touché, mortellement et beaucoup trop pour qu'il puisse voir une dernière fois son village et son si joli bord de mer.
La brume et les nuages bas au-dessus des arènes d'Azpeitia donnent quelque chose de très authentique en plein été, avec les bonnes soeurs qui observent la corrida depuis le couvent d'à côté. Les arènes temporaires de Deba, elles, sur la place principale du village, sont un rectangle merveilleux où les novilladas qui s'y donnent semblent tellement éphémères.
En parlant d'Iván Fandiño, il était venu deux fois à Deba en 1999, et trois fois en l'an 2000... mais toujours au poste de sobresaliente ! Pourtant, au mois d'août, Deba s'est souvenue du jeune homme d'Orduña. Et qui sait, désormais, à chaque fois que retentira le Zortziko, il y aura également une pensée pour lui. Un matador du Pays Basque, cela n'est pas si fréquent. Et un grand matador, comme lui l'a été, encore moins...
En se rendant là-bas, dans les arènes de cette région, situées entre montagnes, littoral, verdure et brume, il y a comme un truc de magique.

Florent

mardi 28 novembre 2017

La gloire des inespérés (Rétro 2017)

Côte à côte, Iván Fandiño et Paco Ureña, l'un en gris plomb et or, et l'autre en bleu nuit et or, à l'été 2016 aux arènes de Saint-Gilles. Ils observent, à cet instant-là, un quite de Thomas Joubert.
Une histoire de quite... comme quelques mois plus tard, pour la corrida du 17 juin 2017 à Aire-sur-l'Adour. C'est à la cape, devant un toro qui n'était pas le sien, que le drame s'est tramé pour Iván Fandiño.
Juin, en tauromachie, cela reste tout de même le début de saison. Et c'est ainsi qu'une absence a grandement de quoi se faire sentir jusqu'au bout de la temporada.
Alors, on se prend parfois à des réflexions et à des considérations teintées d'absurde. A chercher, chez ceux qui restent, des caractéristiques que possédaient ceux qui sont partis.
Il y a, chez Paco Ureña, des vertus qui étaient celles d'Iván Fandiño. Parmi les matadors en activité, il est peut-être même celui qui en possède le plus.
Plein de paramètres, pourtant, semblent séparer et opposer ces deux toreros. Fandiño était du Pays Basque, Ureña de la province de Murcie. Le concept de Fandiño était basé sur la puissance, alors qu'il y a plus de finesse chez Ureña. L'impact physique de Fandiño, d'ailleurs, avec son visage fermé et concentré, se faisait davantage sentir dans la bataille, tandis que Paco Ureña lui démontre plutôt une forme de fragilité derrière une mine triste.
Mais ces deux-là ont aussi tellement de similitudes, et pas des moindres. Car ils ont fait partie de ces toreros dont l'unanimité s'est un jour portée vers eux en affirmant qu'ils allaient s'égarer. De ceux qui au mieux toréeront l'an prochain deux corridas, une dans leur village et la seconde dans le village d'à côté. Des hommes aux figures de futurs toreros retirés, auxquels on ne croit absolument pas. Des toreros avec qui personne, il y a quelques années, n'aurait osé prendre un selfie à leurs côtés. Des toreros que l'on aurait regardé passer à la sortie d'une arène, condamnés par l'indifférence d'un "silence et silence".
A bien regarder les débuts de carrière de Fandiño et d'Ureña, il y avait davantage de chances de croire que ces deux-là n'y parviendraient jamais, plutôt que l'inverse.
Comme point commun, Iván Fandiño et Paco Ureña ont toréé leur première corrida en France dans la même arène : Vergèze. Ce qui en dit long, car c'est une petite plaza où les toreros à l'agenda fourni n'ont jamais été tentés d'aller. Mais il faut se rappeler que Fandiño et Ureña, eux, sont passés par là.
Et ils ont déjoué les terribles pronostics, qui les laissaient dans l'indifférence, alors que l'on avait réservé le présage de gloire aux seuls esthètes.
Ils ont émergé et obtenu de beaux triomphes. Et oui, chez Fandiño, il y avait quelque chose qui touchait plus profondément que chez d'autres toreros. Un courage hors du commun, un don total de soi-même, et une exceptionnelle façon de se surpasser, qui le menèrent lors de la San Isidro 2014 à aller chercher une grande porte en estoquant sans leurre un toro de Parladé.
Chez Paco Ureña aussi, il y a ces caractéristiques-là, l'abandon du corps, et le seuil maximal du courage franchi. Madrid, automne 2015, des toros d'Adolfo Martín, et des cornes passant au plus près de la chair.
On a encore retrouvé cette force cet été, à Bayonne, lors de la corrida d'El Freixo. Avec pour Paco Ureña une détermination et un sens du placement qui rappelaient les plus grandes heures d'Iván Fandiño. Sauf que ce jour-là, il n'en restait plus qu'un seul des deux.

Florent

jeudi 16 novembre 2017

Miurada (Rétro 2017)

Évoquer le toro de Miura, c'est forcément songer à des clichés comme celui-là. Des toros pour lesquels la seule entrée en piste est impressionnante et dont les premiers instants sur le sable font croire aux légendes. Oui, à bien y regarder, on dirait qu'elle est réelle l'histoire selon laquelle ces toros disposent d'une vertèbre supplémentaire.
Ce Miura là, dont l'image figure sur la page internet des arènes de Béziers, a été combattu à l'été 2002. Certes, à Béziers, les barrières sont relativement basses, mais ce toro-là, il fait sensation. Le genre de toro dont on connaît au premier regard la provenance.
Squelette sans fin, cou long et tête chercheuse. A Béziers en plus, là où a été combattue l'une des plus légendaires corridas de ce fer. 15 août 83, Miura pour Nimeño, Richard Milian et Víctor Mendes.
Mais la légende des Miura, ces derniers temps, est décriée. Car la réputation des toros de Miura, qui se vendent à prix d'or, c'est un tempérament à part, et une vraie Miurada, par définition, ce serait une course dure et imprévisible.
Elle s'annonçait belle la saison 2017 de Miura. Et l'on se prenait à rêver. Et si dans la petite piste de Céret, il en sortait un comme sur la photo de Béziers 2002, et si c'est Octavio Chacón qui venait à l'affronter... Hélas, il n'en a rien été.
Depuis un bon moment, la faiblesse est récurrente, les problèmes d'armures aussi, même s'ils n'ont rien de nouveau.
Ces toros ont tendance à frapper très fort lors des opérations d'embarquement et de débarquement. De là à savoir si l'on a procédé à d'autres manoeuvres, il est difficile de l'affirmer.
Il n'empêche que, quand des toros de Miura se traînent sur le sable et affligent l'aficionado, le mythe s'éloigne. Et pourtant, on reste indulgent, à la recherche d'authentiques toros de Miura, dont quelque part, on est persuadé qu'il en existe encore.
Sept corridas complètes en 2017, à Séville, Madrid, Céret, Pamplona, Béziers, Bilbao et Cehegín. À Madrid comme ailleurs, des toros changés. À Céret, des comportements à peu près conformes à ce que l'on peut attendre de Miura, mais des cornes dans un état déplorable. À Béziers, un naufrage paraît-il. À tel point qu'à cause de cette dernière corrida citée, la direction des arènes d'Arles a décidé de changer ses plans et de garder seulement trois toros de Miura pour sa corrida de septembre en prenant un autre élevage pour compléter l'affiche. Un toro compliqué et intéressant à Vic, certes. Une novillada à Carcassonne. Des toros isolés combattus ici et là, et même au Portugal pour rejoneadores et forcados.
Mais surtout, des inquiétudes pour ce nom légendaire, dont l'irrégularité a de quoi déboussoler. Preuve en est, la saison 2014, et à un mois d'intervalle, un lot catastrophique à Nîmes et une grande corrida à Mont-de-Marsan. En tout cas, à l'avenir, on espère moins de désastres. Car ils n'ont absolument rien à voir avec l'idée que l'on se fait d'une Miurada.

Florent

mercredi 8 novembre 2017

Il est né à portagayola (Rétro 2017)

Et ce jour-là, il y est allé deux fois. Le garçon sur la photo, c'est Maxime Solera, 24 ans, novillero français. Un parcours atypique, ancien élève de l'école taurine d'Arles, ce qui lui permit de toréer en non piquée dans pas mal d'arènes françaises. Un jour, à Maubourguet, il a même officié en tant que sobresaliente dans une course de cette catégorie, ce qui généralement n'est pas bon signe pour l'avenir. Et puis, Maxime Solera est parti de l'autre côté des Pyrénées, pour tenter de passer à l'échelon supérieur.
Alors, début septembre 2016, le voir au paseo de ce qui était sa deuxième novillada piquée, à Peralta, en Navarre, était une inconnue totale. Il avait, à cette occasion, un bandage sur le front. Comme un boxeur, un vrai bagarreur. Celui-là, sans doute, il a du tempérament et ne va pas rester dans l'anonymat. Sa prestation face aux novillos de Pincha est une immense surprise, et il obtient le prix au triomphateur de la feria.
Pour autant, même si Peralta est une véritable feria de novilladas, sérieuse et intéressante, sa répercussion est limitée. La première sortie française de Maxime Solera en tant que novillero avec picadors aura lieu de longs mois plus tard, à Boujan-sur-Libron face aux Dolores Aguirre.
Mais c'est au moment où il part s'agenouiller face au toril de Céret, l'arène la plus difficile en France pour les toreros, que beaucoup d'aficionados le découvrent.
Matin brûlant du mois de juillet, de ceux où les touristes maculés de crème solaire garnissent les plages, tandis que d'autres bloqués sur les routes tentent de survivre la clim à fond.
Maxime Solera, qui n'est pas en vacances, va accueillir à portagayola son premier adversaire, Tabanero. Et il n'est pas rare de le voir accomplir ce geste, avec lequel l'espérance de vie est encore plus incertaine. À Céret, néanmoins, peu sont les toreros qui s'y aventurent. La piste y est étroite, et le toro qui déboule est généralement fort et armé.
Ah comme elle est incroyable, et sans superflu, l'intensité dramatique de ce foutu moment précis, quand un torero tente un tel geste aux arènes de Céret. A fortiori quand il est novillero, qu'il est français, qu'il est originaire du coin, et qu'il va en bonne partie jouer sa carrière sur cette seule course.
Au rayon des images marquantes, il y a ce novillero que l'on voit parcourir les quelques mètres séparant le burladero et le toril, dans le silence, sans musique, parce qu'à cet instant-là, la Cobla ne joue plus.
D'autant plus qu'à portagayola, Maxime Solera y est allé une seconde fois, pour attendre Universal, le sixième Raso de Portillo. Sacrés défis, et tout cela alors que Daniel García vient d'être cueilli de façon glaçante en fin de faena par le cinquième, un Raso très fort et terriblement armé.
Ici, les novilleros sont attendus par le public avec des exigences parfois égales ou supérieures à celles demandées aux matadors, et il y aurait beaucoup à redire, car d'un côté, c'est trivialement injuste.
Ça en jette d'aller faire deux portagayolas à Céret face à des tontons de Raso de Portillo. Mais ce qu'a livré Maxime Solera ce matin-là, c'était bien plus. Beaucoup d'efforts et de volonté dans la lidia, en mettant quatre fois en suerte le dernier novillo pour le picador Gabin Rehabi.
Au troisième tiers, la tension n'est pas retombée, car le Raso de Portillo, sérieux et encasté, est à peu près tout sauf un bonbon. Dans la passe, d'ailleurs, il a tendance à venir vers l'intérieur, entre la muleta et l'homme. On voit, chez Maxime Solera, des choses très plaisantes, comme des cites de loin valeureux. Mais c'est à gauche qu'il arrive à convaincre et même au-delà. Naturelles vibrantes d'un novillero qui se joue la peau. Chose rare pendant une faena cérétane, la Cobla se met à jouer. Après, Maxime Solera se fait secouer mais se relève sans mal. On attend un beau triomphe, mais l'épée, malheureusement, vient se loger bien trop bas sur un faux-départ du cornu.
Pas grave, dans la liste des tours de piste mémorables, mais sans trophées, celui-là occupe une bonne place. Et il y restera.

Florent

(Photo de Louise de Zan : Maxime Solera attendant Universal de Raso de Portillo, le 15 juillet à Céret)  

mardi 7 novembre 2017

Brigadier chef (Rétro 2017)

De moins en moins de grandes arènes entretiennent un lien privilégié et habituel avec une ganadería. Dax si, avec Pedraza de Yeltes, et l'enthousiasme qui existe avant chacune de ces rencontres est bien réel. On ne va pas s'en plaindre.
Au 14 août, jour des Pedrazas, le début de feria de Dax était, paraît-il jusqu'alors, morose. Le matin, ce fut une noyade dans le triomphalisme avec les noblissimes erales de Guadaira : quatre erales, trois vueltas, sept oreilles, et multiples sorties en triomphe. Il y avait là une forme d'aliénation, et c'est dommage, car vu la forte affluence pour une non piquée, les choses auraient mérité de se dérouler un peu plus sérieusement.
Et l'après-midi, c'était comme prévu la corrida de Pedraza de Yeltes, pour la quatrième année d'affilée. La sensation des deux premières, 2014 et 2015, est encore tellement forte que l'on a toujours du mal à les départager.
Pedraza de Yeltes, c'est certainement le Domecq le plus exigeant pour le torero, et le plus passionnant pour l'aficionado a los toros.
Les pensionnaires de cet élevage combattus le 14 août à Dax n'ont pas dérogé à la règle. Rafaelillo et Daniel Luque ont connu le succès, le premier face à "Bello", un toro brave et encasté, et le second devant une opposition située en-deçà de ce qui plaît chez Pedraza.
Les toros du jour, corpulents, n'ont pas été suffisamment mis en valeur à cette occasion, et leur potentiel n'a pas été complètement exprimé à la pique, loin de là même. Et c'est dommage, car il y avait, encore une fois, plusieurs grands toros.
Comme le sixième, Brigadier, matricule 10, de pelage colorado comme le sont beaucoup de toros dans cet élevage. 630 kilos et bientôt cinq ans.
Brigadier, en piste, c'est lui qui commande. Une première pique prise avec bravoure et puissance, en soulevant la cavalerie, puis une deuxième également avec bravoure. Et là, juste après, c'est l'incompréhension, car la présidence change de tiers.
Dans le flottement, le picador est finalement maintenu en piste, et la troisième rencontre se produit, avec une pique de tienta. Une pique qui pourtant, conformément à son nom, devrait seulement être utilisée en tienta. Brigadier est placé loin, et charge encore avec bravoure, c'est vraiment un très grand toro.
Un toro qui dès ce moment-là méritait déjà les honneurs du tour de piste, même si de manière frustrante, on remarque qu'on aurait pu le laisser briller encore. Et puis, il ne faut jamais sanctionner les qualités d'un toro du fait des décisions ou errances de ceux qui sont en charge du déroulement de la corrida.
Un brave Pedraza donc, dans la lignée des "Miralto", "Resistente", et autres toros illustres de la maison combattus dans la même plaza. Román, qui était chargé de l'affronter, passa totalement à côté du sujet. Personne ne s'en souviendra, et cela n'aura pour lui aucune incidence dans sa carrière, car le lendemain, il ouvrait la grande porte de Las Ventas.
Mais reste en mémoire le combat de ce brave toro sur le sable dacquois l'un des plus beaux soirs de l'été. Comme une bronca, l'orage attendit sagement la fin de soirée pour éclater.

Florent

(Photo de Niko Darracq : Brigadier, numéro 10, de Pedraza de Yeltes)